


Si pour nous le cas du dauphin dit “ambassadeur” est né dans les années 1970,
il faut bien admettre que bien auparavant le mythe de l 'homo-
existait bel et bien.
Les relations entre l'homme et le dauphin étaient
en fait anciennes. Certainement aussi anciennes que celles de l'homme
et du chien.
En Afrique du Sud des gravures rupestres montrent des
silhouettes de dauphin, on peut même distinguer un homme qui nage
parmi eux. La civilisation minoenne entre 1450 et 1400 avant JC a
laissé des traces plus précises de cette relation: dans le palais
de Cnossos en Crète, la chambre de la reine était décorée d'une
frise de dauphin. Après avoir nagé toute une après-
cétacés la reine avait ordonné une décoration en souvenir de cette
rencontre.
Certains historiens prétendent que les crétois les avaient
apprivoisé. Leurs bateaux ne s'aventuraient jamais loin des côtes sans
la compagnie des dauphins-
ancien sanctuaire qui donna naissance à Delphes, considérée plus tard
comme le centre du Monde.
Le dauphin était alors considéré comme Dieu
dans la Grèce pré-
offenser les dieux que de chasser les dauphins.
Les dieux tiennent
le massacre du monarque des profondeurs pour aussi exécrable que
le meurtre d’un humain ».
Hérodote,historien grec, ayant vécu de
484 – 420 avant J.C disait ce conte: « Arion, fameux poète et musicien
de Lesbos, avait accompli une grande tournée dans le Bassin méditerranéen
et s’en retournait chez lui à bord d’un bateau corinthien. Riche de ses succès,
transportant avec lui une véritable fortune, il ne prit pas garde au complot
qui se tramait contre lui. L’équipage laissa bien peu de choix au poète :
se tuer lui-
une dernière volonté : chanter avec sa lyre. Les marins lui accordèrent
cette faveur et, tourné vers la mer, il se mit à chanter une longue
complainte sur des notes aiguës. Ensuite il fut précipité à l’eau et
les pirates purent se partager le butin. Mais l’histoire ne s’arrête pas là,
car Arion eut la bonne surprise de trouver un dauphin, sans doute attiré par
la musique. Ce dauphin le sauva et le ramena rapidement vers la côte,
au cap Ténare. Arion eut même le temps de prévenir les autorités qui
attendirent les pirates au port ! ».Aristote a écrit un ouvrage intitulé
« Histoire des Animaux » :Dans son oeuvre il a reconnu la nature mammalienne
du dauphin et l’a décrit comme « une créature douce, à l’intelligence
presque humaine. Son comportement et sa biologie restent un mystère,
mais la fascination, elle, est intacte ». Aristote, comme les écrivains
de l'époque, agrémentait ses descriptions réalistes d'histoires merveilleuses,
faisant du dauphin une créature douce, à l'intelligence presque humaine.
Pline l'ancien dans "histoires naturelles" conta de nombreuses interactions
hommo-
En Asie mineure, la légende d'Iassos évoque une amitié
entre un enfant et un dauphin:
"Elien le sophiste et le dauphin d'Iassos:
Le gymnase d'Iassos est prés de la mer. Après avoir couru et lutté toute
l' après-
au jour où un dauphin tomba amoureux du plus beau garçon de son temps.
Au début, lorsqu'il s'approcha du rivage, le garçon apeuré s'enfuit mais
bientôt, en restant à proximité et en se montrant doux, le dauphin appris
au garçon à l'aimer. Ils étaient inséparables. Ils jouaient ensemble,
nageaient côte à côte, faisaient la course, parfois le garçon grimpait
sur le dos et montait le dauphin comme un cheval. (...) Un jour, le garçon
joua trop intensément. Fatigué, il se jeta le ventre en premier sur le dos
du dauphin, dont la hampe dorsale pointait par hasard vers le haut.
Celle-
Le garçon trépassa. Le dauphin sentit que son cavalier était plus lourd
que d'habitude; il vit la mer se teindre de pourpre par le sang. Il choisit
de se jeter lui même sur la plage près du gymnase.(...) Ils gissent tous
les deux sur le sable, l'un mort, l'autre agonisant.” On a frappé une monnaie
d'or et une d'argent où figure l'histoire de la mort de leur amour.
Le dauphin était devenu un mythe .
Plus de quarante cités grecques
l'utilisèrent pour emblème de leur monnaie.
Selon les Aborigènes d’Australie,
l’homme descend du dauphin. En Nouvelle-
représente la réincarnation des défunts. Les Maoris mettaient même au point un
langage à base d’onomatopées afin de communiquer avec leurs compagnons marins
et une collaboration s’instaurait lors des activités de pêche. Le dauphin
représentait un symbole particulièrement puissant pour ces peuples.
A “Groote Eylandt” en Australie il y a une peinture vieille de plus
de 4000 ans représentant des hommes et des dauphins.
A l'arrivée du christianisme,
les croyances de la mythologie grecque et romaine disparaissent peu à peu,
le dauphin n'est même plus figurant. Au moyen-
est accusée de sorcellerie; jusqu'au 18e siècle, les gravures représentant
les cétacés étaient très imprécises et représentaient ces animaux comme des
créatures monstrueuses hostiles au monde terrien.
Au début du 20eme siècle,
les pêcheurs voyaient le dauphin comme une menace à leur activité.
En ce temps là les filets de pêche étaient en coton et leur fragilité permettait
aux cétacés de venir voler en toute quiétude le poisson capturé. Au cours de ces larcins,
ils déchiraient les mailles et les dégâts causés revenaient fort cher aux artisans.
Toute l’industrie de la pêche professionnelle se voyait affecté par ce fléau.
De nos jours, les filets sont en nylon et leur résistance est parfois fatale
pour les animaux qui se piègent à leur contact.
J’avais retrouvé une ancienne
lettre datant de 1912, signée de l’association des pêcheurs de Collioure,
demandant au Ministère de la guerre (aujourd’hui appelé ministère de la défense)
l’envoi d’une canonnière (une sorte de navire de guerre) destinée à exterminer
les dauphins. Cette requête ne fut pas efficace car plus tard éclatait alors
la première guerre mondiale contre un adversaire bien plus efficace que
l’innocent dauphin. Mais le massacre avait déjà eu lieu bien avant.
J’ai retrouvé la première de couverture du « Petit journal illustré »
(la référence journalistique de l 'époque) qui image un bateau militaire
exterminant un groupe de dauphins à coups de mitrailleuse.
C’était la guerre homme-
témoigne de l’importance de l’économie de la pêche à l’époque. La pêche était
l’activité numéro un du village de Collioure et la plupart de ses habitants en vivaient.
En page intérieure du “Petit journal illustré” du Dimanche 22 Février 1903 on pouvait lire:
“Les dauphins, destructeurs de la sardine. Comme si ce n 'était point assez des conflits
économiques et sociaux qui divisent pêcheurs et patrons sardiniers, voici qu 'on reparu
en grand nombre, sur nos côtes, les plus terribles destructeurs, non seulement de la
sardine mais encore des filets avec lesquels on pêche ce poisson. Nous voulons parler
des dauphins. Ces grands poissons qui bondissent sur les flots et dont les évolutions
sont si curieuses sont de l 'espèce dont les pêcheurs appellent “moroch” ou “belouga”.
Ils barrent la route aux sardines venant de l ' Ouest, déciment leur bancs,ou,
lorsqu'ils se trouvent pris dans les filets des pêcheurs s 'en échappent en les mettant
en pièces. Les syndicats de pêcheurs demandent instamment que la marine prenne les mesures
nécessaires pour la destruction de ces terribles ravageurs”. Juste après la Seconde Guerre
Mondiale, on vit quelques dauphins qui rabattaient des mulets entre Collioure et Argelés.
Une vieille dame m’avait confié qu’elle partait le long des rivages, un panier sous le bras,
ramasser les poissons qui préféraient s'échouer plutôt que de finir dans la gueule des cétacés.
Le phénomène d’amitié avec les dauphins n' est que très récent et je connaissais une personne
à Collioure qui reconnaissait avoir mangé du dauphin durant la dernière guerre :
une viande, parait-
se faisait au harpon, puisque les armes à feu étaient proscrites par les allemands occupant le pays.
A cette même époque à Agde dans l 'Hérault, les dauphins rentraient dans la ville en
Remontant le fleuve. Ils étaient accueillis à coup de fusils et à la libération, les pêcheurs continuaient
leurs "cartons".
C 'était pourtant non loin de là à Lattes que les dauphins collaboraient avec
les pêcheurs qui leur offraient en échange du pain imbibé de vin rouge, mais c 'était dans
l 'Antiquité, période bénie pour l 'interaction homme-
Quand les filets en nylon avaient remplacés ceux en coton, la pêche industrielle
commençaient à s'organiser et le dauphin disparut de nos côtes. Il y a pourtant quelques situations contemporaines qui permettent d 'affirmer que les dauphins et les pêcheurs peuvent encore travailler en étroite collaboration. Au Brésil à Laguna ou en Mauritanie les deux espèces
cohabitent dans une grande intelligence. En effet, lors des opérations de pêche des Imragens,
on peut observer ces derniers tendre des filets, dans une faible surface d’eau près du rivage,
ils appellent ensuite les dauphins en émettant un sifflement caractéristique et en frappant
la surface de l’eau avec un bout de bois. Ces derniers rabattent les mulets vers le rivage qui
se prennent ainsi dans les filets des hommes. Au final , les deux espèces prédatrices profitent
pleinement de cette chasse organisée. Mais depuis quelques années, on assiste à l 'Ere du
“ dauphin ambassadeur” avec bien entendu son “laboratoire expérimental”, Monkey Mia.
Eric Demay